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Une page du pays d'enfance... [PV Élora]
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Mer 30 Juil - 14:38
Tout juste arrivée à l'académie, Nelly venait de prendre connaissance de la liste de ses élèves dans la salle de cours qui lui était réservée. Assise sur une petite table en bois abandonnée près de la grande baie vitrée qui formait le fond de la pièce, elle regardait une pluie fine et rafraîchissante tomber dans la cour presque déserte de l'établissement où la plupart des cours de la journée étaient déjà terminés. La jeune femme ne voyait pas elle-même d'inconvénient à ce qu'en général les leçons particulières de piano aient lieu en début de soirée, mais elle avait souvent entendu durant ses propres études nombre de ses professeurs critiquer cet état de fait, et se plaindre que la fatigue accumulée empêche parfois les jeunes gens de donner le meilleur d'eux-mêmes sur leur instrument. Pourtant, Nelly voyait au contraire dans l'approche du soir une coupure d'avec le monde diurne particulièrement propice à la libération de l'imagination et des forces créatrices dont tout interprète doit se sentir pourvu au moment de rejoindre son clavier; et dans son enseignement elle ne manquait jamais de souligner combien la musique devait s'affirmer comme illumination et clarté de l'émotion par des moyens artistiques, et qu'en ceci chaque pianiste était à sa façon conduit à une sorte d'exploration de la nuit, ou plutôt de sa nuit, celle dans laquelle il pouvait ou non compter entraîner son auditeur ou spectateur.

Pendant qu'elle se livrait à ces réflexions, la jeune femme relisait le nom de sa première élève et les commentaires très élogieux qui l'accompagnaient concernant son niveau musical et la qualité de son jeu; jeu qu'il s'agirait donc de consolider par la pratique des pièces les plus difficiles du répertoire, car Nelly était bien placée pour savoir qu'il n'existait pas d'autre moyen d'accéder à la maîtrise et à la virtuosité. Elle se leva doucement pour rejoindre le grand piano sombre qui occupait à lui seul la moitié de la salle, mais malgré ses précautions elle ne put s'empêcher de ressentir une pénible lourdeur dans ses jambes, conséquence directe de la maladie qui s'était déclarée pendant son adolescence et qui rendait délicat le moindre de ses déplacements alors qu'elle même apparaissait légère et pleine de vivacité - une contradiction qu'elle surprenait à défier chaque fois qu'elle voyait son reflet au hasard d'une vitre ou chez elle pour se préparer, rêvant au remède qui lui permettrait enfin de profiter pleinement de l'énergie que sa silhouette fine et sportive pouvait lui laisser espérer.

Elle ouvrit calmement et sans trembler le lourd couvercle du piano, remontant imperceptiblement ses manches sur ses poignets découverts et ses avants-bras, où tintait un unique bracelet mordoré qu'elle n'ôtait pratiquement jamais. Élora Pétrova... La consonance russe ne faisait pas de doute, et inspirait spontanément à Nelly une sympathie particulière, peut-être parce qu'elle songeait à la parenté lointaine qui lie les paysages du grand nord canadien que sa mère n'avait cessé d'explorer et les plaines interminables de la toundra sibérienne; paysages qui d'ailleurs se rejoignent à travers l'Alaska et le détroit de Béring en l'une des régions les plus inhospitalières du globe, une sorte de défi posé à la sensibilité humaine. Travailleraient-elles Rachmaninov, Borodine, Tchaïkovsky... ? Nelly souhaitait ardemment qu'Élora se sente en confiance avec elle, et le fait de se pencher sur la musique d'un compatriote n'était sans doute pas le plus mauvais moyen d'y arriver. Elle laissa ses doigts errer sur le clavier, à la recherche d'une pièce dont elle se souviendrait suffisamment bien pour l'enseigner à une élève du niveau d'Élora avec toute la précision requise. Les notes se détachaient, perlaient comme des larmes vives se mêlant au bruit de la pluie. C'était un impromptu de Scriabine, ce compositeur mystique qui associait des couleurs à chaque son et y trouvait à la manière d'un peintre une façon immédiate et poignante de provoquer l'émotion. Tout entière à son jeu, Nelly ne remarqua pas que la porte de la salle avait légèrement grincé, et que l'élève à laquelle elle destinait cette musique était justement sur le point d'entrer...
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Lun 4 Aoû - 2:30
Elora ne s'était pas encore remise du voyage, elle n'était pas habituée à prendre l'avion, mais surtout à devoir gérer ce que beaucoup appelaient le jet-lag. Effectivement les cinq heures de décalages entre la Russie et plus précisément Moscou et la petite île du Japon, plombaient littéralement les paupières de la petite adolescente. Elle avait eu beaucoup de mal à s'endormir, bien que voyant parfaitement la nuit entrain d'assombrir le ciel, son corps lui disait simplement qu'il était l'heure de goûter quelque chose de sucré accompagné d'un thé. Il était d’ailleurs la même chose pour l'heure du dîné. Alors qu'il était dix-neuf heures, son estomac réclamé un repas lourd, énergique, un repas pouvant lui donner l'énergie suffisante pour tenir le reste de la journée, un repas généralement servit à midi à une adolescente en pleine croissance afin de tenir durant sa journée d'étude.

La jeune Russe avait eu beaucoup de mal à commencer la journée, sa grande-sœur était venue la tirer du lit aux aurores. Elle n'avait pas encore commencé les études dans l'académie, mais Léna était entrain d'essayer de s'habituer aux horaires qui régissaient au Japon et auxquels elle allait devoir s'habituer afin de suivre des études correct. Elle n'avait pas encore eu l'occasion de vraiment visiter l'académie de la danseuse, elle savait simplement qu'elle devait s'y rendre pour en quelque sorte avoir une entrevue, ou un cours particulier avec le professeur de piano afin de pouvoir évaluer ses capacités et ainsi pouvoir être inscrite à l'académie. Elle ne comprenait d’ailleurs pas pourquoi elle devait le faire, Léna semblant persuadée qu'elle avait un don inné et en plus étant la directrice du bâtiment, elle avait le choix suprême, elle n'avait donc besoin de l'impression de personne et de l'autorisation de personne pour l'inscrire dans l'académie à la section qu'elle souhaitait.

La journée avait été longue, entre la découverte des coutumes du pays, de la langue, des traditions et de la nourriture. Léna n'avait pas eu vraiment le temps de s'occuper d'elle, mais Rafaela était là pour lui montrer les quelques choses qu'elle connaissait, bien qu'elle ne semblait pas être la meilleur professeur au monde. Au moins elle avait pu apprendre quelques brides de mots, d'expression, de quoi se présenter, se dépatouiller comme elle le pouvait si jamais elle devait retrouver seul en pleine ville pour une raison quelconque.

Alors que la nuit était entrain de tomber, Léna était venue la chercher afin de l'emmener à l'académie pour lui présenter plus précisément les lieux, mais surtout la pièce où elle allait avoir son premier cour. La professeur était nouvelle et venait elle aussi seulement d'arriver, elle allait donc être sa première élève, heureusement, elle n'aurait donc pas de comparaison à faire par rapport au niveau des autres étudiantes de l'académie. Regardant les mur blancs et les portes s’enchaîner autour d'elle, elle commençait un peu à avoir peur, c'était la première fois qu'elle allait suivre des cours en école, elle n'avait eu comme professeur que sa mère, elle ne savait donc pas vraiment comment réagir et ce qui allait l'attendre.

Se dirigeant lentement, dans les couloirs vers la section musique, elle pouvait entendre un piano, quelqu'un entrain de jouer dans une pièce, probablement la personne qu'elle devait rencontrer pour son cours. S’avançant en direction de la porte, elle l'ouvrit passant lentement la tête pour voir la jeune femme entrain de jouer. Une canne à ses cotés, ses court cheveux roux cadrant son visage, elle semblait jeune, à peu près l'âge de sa sœur aînée. Elle gardait les yeux fermé pour jouer une mélodie qu'elle reconnaissait de par ses origines Russe.  Se sachant parfaitement dans un bâtiment, la demoiselle eu l'impression d'être dans un champ de tournesol alors même qu'elle avait ouvert la porte. S'approchant en silence afin de ne pas déranger la musicienne, elle alla s'asseoir sur un chaise dans un coin de la pièce, attendant qu'elle ai terminée de jouer et qu'elle remarque sa présence.
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Jeu 7 Aoû - 23:52
[HRP: pour entendre la musique jouée par Nelly et que va travailler Élora : par ici :) ]

Nelly, les yeux fermés, releva ses mains du clavier en laissant longuement résonner les dernières notes de la pièce qu'elle venait d'interpréter; comme si elle attendait que les sons produits par son instrument se furent tous entièrement consumés dans le silence de la salle pour revenir à elle-même et recouvrer la vue, un peu à la façon dont, lors d'une fête d'anniversaire où des bougies ont été allumées pour le gâteau, on ne revient à la lumière électrique qu'au moment où celles-ci ont toutes été soufflées. Le visage de la jeune femme rayonnait de douceur et de sérénité; on aurait pu dire sans exagérer que la musique l'avait transfigurée. Et alors même que rien n'aurait pu faire croire jusqu'alors qu'elle avait remarqué la présence d'Élora, elle se tourna avec un naturel confondant vers la jeune fille, comme si elle avait en réalité toujours su qu'elle était assise là, non loin du piano dans un angle un peu reculé.

"Zdravstvuite Élora Pétrova, bonsoir! Pardonnez-moi, mon russe s'arrête là... approchez-vous je vous prie, soyez la bienvenue. Je me suis laissée dire d'après votre dossier que vous parliez français à merveille; si mon accent d'outre-atlantique ne vous rebute pas trop, je vous propose de débuter nos leçons dans cette langue."

La voix de Nelly était paisible et chantante, et tandis qu'elle glissait dans un froissement de robe vers l'extrémité du tabouret sur lequel elle était assise face à son instrument, elle désigna à Élora la place qu'elle venait de libérer tout à côté d'elle, juste au milieu du clavier.

"Peut-être avez-vous reconnu le morceau que je jouais à l'instant... il s'agit d'un impromptu d'Alexandre Scriabine; c'est peut-être le compositeur russe dont je me sens le plus proche. Il a vécu principalement à Moscou, au début du vingtième siècle - l'"âge d'argent" dans ce pays... mais je ne vous apprends rien. Ce qui est le plus intéréssant, c'est que sa musique n'est pas une musique de la ville; c'est une musique qui est tournée vers l'immensité, de son pays comme de ses propres sentiments... Elle est très difficile, mais c'est par la maîtrise qu'il est possible de parvenir à y voir plus clair dans ce que l'on ressent. Qu'en pensez-vous?"

Nelly interrogeait son élève sans dureté, avec un sourire étrangement voilé de nostalgie, comme si elle s'adressait également à elle-même ces questions qui la touchaient tout autant que lorsqu'elle était encore elle-même une simple étudiante, en recherche de confiance et de sûreté dans son propre jeu. Elle se pencha délicatement sur le côté, en prenant bien garde de ne pas s'appuyer sur ses jambes fatiguées depuis son dernier déplacement, et sortit de son sac une belle partition ornée d'une arabesque calligraphiée. Elle la posa sans hâte sur le pupitre, puis se tourna de nouveau vers Élora:

"Le déchiffrage devrait être à votre niveau. Je vous écoute; s'il y a des défauts techniques nous les corrigerons, puis surtout, nous travaillerons la musique. Prenez tout votre temps avant de commencer, je vous encourage même à lire toute la partition d'avance si vous le souhaitez."

Rassemblant ses mains effilées sur ses jambes croisées, Nelly ferma de nouveau les yeux. Elle attendait avec confiance la performance de sa nouvelle élève dont, bien qu'elle ignorât qu'elle était arrivée aujourd'hui même à l'académie, avait bien remarqué la fatigue, mais qu'elle croyait capable de fournir l'effort que supposait le déchiffrage à vue de l'impromptu... d'autant plus qu'elle l'avait déjà entendu, et le connaissait donc d'oreille, ce qui facilitait le passage au clavier. La jeune canadienne se concentra intensément, tout entière tendue vers la musique à venir.
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Lun 11 Aoû - 2:08
Avec un père Russe, il était évident qu'Elora avait étudié avec sa défunte mère les opus de Scriabine, seulement la jeune demoiselle n'aimait pas beaucoup de ses œuvres qu'elle jugeait parfois un peu archaïque. Elle ne contredisait pas son talent, mais certain passage des ses opus lui donnait l'impression d'un martèlement sur le clavier qu'elle n'arrivait à maîtriser. Cela n'était pas dans le style de la jeune femme qui aimait les musiques plus douce comme du Chopin ou du Shubert. Écoutant la rouquine jouer jusqu'à la dernière note qu'elle laissa en suspens dans l'air, Elora qui allait se lever, sursauta en voyant le nouveau professeur se tourner pour faire face à la future étudiante.

-Dobryy Vecher mademoiselle. Ma mère était française, je connais la langue, mais peut être que mon accent Russe vous gênera pour certain mots.-

Parlant dans un murmure suffisamment audible la jeune femme ne leva pas la tête, toujours gênée en présence d'une inconnue, surtout qu'elle ne lui avait pas donnée son nom. Contrairement à Nelly, Elora n'avait pas accès à son dossier et Léna ne lui avait pas donné plus ample détaille, lui disant simplement qu'elle verrait son premier professeur au soir avec qui elle pourrait jouer au piano si elle le souhaitait. Elle écouta cependant avec attention ce que lui disait la femme, sursautant de nouveau en entendant la question qui lui était posée, venant baisser la tête en regardant ses genoux, elle murmura cette fois de manière presque imperceptible.

-Je... je n'aime pas... Scriabine... sa ...Sa musique est trop brusque, trop nerveuse, il me donne l'impression d'utiliser la musique pour passer sa colère, plutôt que pour son plaisir... Si on le comparait à un peintre, il utiliserait un couteau, afin de prendre beaucoup de matière et l'étaler sur la toile... Il peindrait des marines, avec beaucoup de houles et un ciel de tempêtes...-

Regardant la jeune femme se pencher afin d'attraper la partition de la mélodie qu'elle venait d'interpréter, la jeune lolita se leva de son banc pour se diriger lentement vers le tabouret du pianiste, regardant la béquille de la femme ainsi que ses jambes avant de s'asseoir à ses côtés venant prendre les feuilles afin de lire les notes qui y étaient annoté. Elora savait bien qu'elle ne pourrait pas toujours jouer les musiques qu'elle aimait, tout comme tout le monde n'aimerait pas forcément les musiques qu'elle jouerait, c'est pour cela qu'elle devait apprendre à jouer de tout, même si la musique n'était pas sa passion première.

Lisant lentement la partition, elle l'installa devant elle sur le pupitre une fois les premières notes bien en mémoire, avant de s'installer faisant glisser ses mains sur le clavier afin de trouver ses repères et les premières touches qu'elle actionna pour jouer le début de cette musique qu'elle devait interpréter. Ne s’arrêtant seulement à la fin de celle-ci, ou quand Nelly lui demanderait de le faire.
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Dim 17 Aoû - 18:32
Après les remarques de son élève concernant son manque d'affinités avec la musique qu'elle espérait lui faire étudier, Nelly demeura un instant dubitative, à la fois surprise et secrètement un peu déçue d'avoir échoué dans son désir de toucher chez Élora des sentiments mieux disposés envers elle que le simple respect et l'obéissance toute scolaire qui régissent habituellement les rapports avec les enseignants. Toutefois, soucieuse de se concentrer précisément sur le jeu de son élève et sa façon d'appréhender le clavier, la jeune femme ne laissa rien paraître de sa déconvenue; et à mesure qu'elle écoutait l'application et l'effort non ménagé avec lesquels Élora tentait de déchiffrer la pièce de Scriabine qu'elle lui avait proposée, elle songeait que c'était bien là son rôle de professeure que d'essayer de lui montrer combien cette musique, tout comme celles de Chopin, Schubert ou Mozart et bien qu'elle soit plus "moderne" dans sa forme et dans son contenu, avait aussi une portée universelle. Pour Nelly, aucune musique n'était en effet ou violente ou calme a priori; si le compositeur y avait mis suffisamment de son âme, la plus courte page du plus petit opus était déjà à elle seule porteuse d'un monde que l'interprète se devait d'explorer, sans toutefois renier sa personnalité. C'est pourquoi, lorsqu'Élora eut fini de jouer l'intégralité de la pièce en première lecture, avec très peu d'erreurs - ce qui montrait d'emblée son excellent niveau -, la jeune femme entreprit de lui expliquer d'une voix douce et dénuée de toute prétention académique:

"Élora, vous jouez avec une facilité extraordinaire. Je vous en félicite, et ce n'est certainement pas un vain compliment. Voyez cette musique, elle vous semble un peu lourde et agressive: mais vous y mettez toute votre grâce et votre talent, et elle prend un sens nouveau. Maintenant, je vais vous confier un secret..."


Imperceptiblement, Nelly avait posé ses doigts fins et légers sur le dessus de la main droite de son élève, pour la décharger de la tension inhérente au jeu au clavier et lui faire retrouver une position naturelle au-dessus du piano. Visiblement émue, elle regarda un instant la chevelure pâle et étincelante d'Élora, avant de poursuivre d'un ton plus hésitant:

"Dans toute musique, écrite ou simplement transmise par la mémoire, les notes sont comme des vêtements ou du maquillage que l'on porte pour séduire, rêver ou simplement se sentir bien ou belle telle que l'on est... Ce sont les moyens, non le but de ce que l'on va jouer au piano; et il faut non seulement se les approprier, mais encore les porter avec grâce, un peu comme une robe de princesse que l'on aurait toujours voulu essayer, non pour elle-même mais parce qu'elle nous pourrait nous donner l'impression de vivre un conte de fées... Il y a peut-être beaucoup de notes dans cette partition de Scriabine, mais songez qu'il s'agit d'autant de bijoux et d'ornements sur une telle robe, et non de l'intention du compositeur qu'il s'agirait fidèlement d'exécuter..."

Nelly marqua une courte pause, puis ajouta calmement:


"Élora, vous êtes une jeune femme délicate, fragile et dans le même temps droite et ferme dans votre volonté... Restez une femme lorsque vous vous asseyez au clavier - c'est de vous et de votre âme que vous parlez lorsque vous jouez! Nul besoin d'appuyer sur les touches comme une forcenée, laissez cela aux hommes peu sûrs d'eux-mêmes qui se prennent pour de grands romantiques méprisés... Vous pouvez faire confiance à Scriabine. Sa musique, sous des dehors rudes, est pleine de finesse et de sensibilité. Cherchez la phrase, le chant qui murmure dans le piano..."


Joignant le geste à la parole, la jeune femme se déplaça légèrement pour revenir vers le centre du clavier, tout contre Élora, sans cependant le moins du monde s'imposer à elle ou la forcer à s'éloigner de la place où elle était assise. Elle joua la première phrase de la pièce avec une infinie délicatesse, avant de s'interrompre et d'expliquer:

"Cette musique est celle d'une double vision. Un peu comme si un pouvoir magique vous était conféré! Ce n'est plus seulement l'espace extérieur, la réalité, qui appartient au domaine du visible, mais aussi votre propre monde intérieur, qui en est comme le miroir inversé, à travers le prisme de votre propre sensibilité. Je ne connais pas la Russie... mais dans cette musique je suis dans ma Russie rêvée, qui sans doute n'existe pas et peut-être n'existera jamais; et j'y suis libre et franche, en usant de toutes les notes et nuances possibles pour m'y frayer un chemin. Je vous écoute."

Non sans un certain effort vis-à-vis de ses jambes, Nelly revint sur le côté pour laisser à son élève suffisamment d'espace face au clavier. Elle la regardait à présent avec une certaine appréhension, redoutant de s'être maladroitement exprimée et surtout espérant que ses quelques conseils lui seraient au moins d'un peu d'utilité...
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Mar 19 Aoû - 2:35
Jouant en essayant de ce concentrer sur la partition, Elora, n'aimait pas vraiment le son qui était entrain de sortir de l'instrument. Ayant l'impression de ne jouer que d'une main à chaque fois que l'autre martelait les touches du clavier, elle avait un peu de mal à comprendre la beauté de cette musique que Nelly voulait lui faire jouer. Ce n'était pourtant pas pour cela qu'elle ne s'appliquerait pas à le faire, jouant avec autant de fidélité qu'elle le pouvait cette opus de Scriabin, elle ne gardait pas moins de difficulté à le faire et à coordonner ses deux mains. Ce n'était pas le genre d'opus qu'elle avait eu l'habitude de jouer auprès de sa mère ou simplement pour son plaisir. 

Fermant les yeux une fois terminé, elle tourna lentement le visage en direction de la rouquine afin d'avoir son avis, rougissante à ses premiers propos, venant reposer les yeux sur ses genoux, puis sur la partition tout en écoutant ce que lui disait la pianiste. Elle sursauta quelque peu en sentant la main de la femme qui s'était posé sur sa main droite alors qu'elle s'attendait à entendre ce secret qu'elle souhaitait lui révéler. Venant poser son regard de braise sur l'adulte assise à ses cotés, elle n'arrivait pas à se décontracter bien au contraire, elle était que plus tendue attendant ses prochains mots. 

Écoutant attentivement ce qu'elle était entrain de lui dire, elle reposa ses yeux sur la partition, s'approprier la musique, certes, elle aurait très certainement pu le jouer avec une personnalité plus proche de la sienne, une douceur plus commune à ses habitudes, mais cela aurait complètement transformer la mélodie et la musique et elle aurait eu du mal à considérer ce qu'elle jouait, comme l'oeuvre de Scriabin.

-Ce ne sont pas les notes, où leurs disposition qui me gêne réellement... C'est le rythme que Scriabin à choisit pour les jouer. Je ne pense guère encore avoir le droit... d'ajuster ce vêtement à ma morphologie. Qui suis-je pour avoir le droit de reprendre une opus d'un tel auteur et en impétrer mon interprétation ? -

Reposant ses yeux sur ses mains et ses jambes en écoutant Nelly, elle se tendit que encore d'avantage en la sentant venir se coller contre elle tout contre elle pour se remettre devant le clavier afin de pouvoir jouer. N'osant bouger vue qu'elle ne l'avait invitée à le faire, elle resta rouge et tendue en gardant les yeux sur ses genoux, écoutant la demoiselle à ses cotés jouer le première ligne de la partition, tout en l'écoutant de jouer de manière plus féminine ce que l'auteur lui avait écrit en tant qu'homme. Elle ne doutait pas que jouer de manière plus douce la mélodie, la rendrait aussi plus douce à ses oreilles, mais elle avait du mal à comprendre comment jouer l'opus de manière plus douce, plus personnel, sans en changer sensiblement le rythme afin de le caler à sa gestuelle. 

Reposant son regard sur la demoiselle qui était entrain de lui expliquer, quelque chose qu'elle ne comprit pas vraiment, bien qu'elle connaisse le français assez correctement, elle avait tout de même que seize ans et avait vécu toute sa vie en Russie dans une ferme, elle n'arrivait pas à se faire l'image qu'avait l'institutrice et à comprendre vraiment ce qu'elle était entrain d'essayer de lui expliquer avec ces métaphores.

Elle avait présentait la musique de Scriabin comme un miroir de sa vie, du moins c'est ce qu'elle en avait comprise de sa dernière réplique. Une description du pays dans lequel il avait vécu et grandit et de la manière dont il y avait vécu. 

Regardant la jeune femme s'éloigner, en semblant peiner quelque peu à pousser sur ses jambes, Elora posa son regard sur les cuisses puis les longues jambes de la jeune femme et enfin sur sa canne, faisant rapidement le rapprochement, elle était maintenant plus que persuadée que Nelly avait quelque chose aux jambes, ne souhaitant cependant pas être curieuse ou impolie, elle se retint de toute question ou commentaire, mais elle réfléchirait pour la prochaine fois, à une solution afin que la Canadienne n'ai pas à forcer sur ses jambes comme elle le faisait ce soir là. Avant de reprendre position devant le clavier, elle posa ses yeux sur la partition et sur les notes, elle baissa un peu la tête en murmurant.

-Je...Je peux l'interpréter comme je le sent alors ?-

Regardant Nelly, en attendant une réponse, elle se remit à jouer par la suite, en essayant d’inclure sa vision de la Russie dans sa musique, ses hivers froids et mordant, ses saisons inhospitalière, les hurlements des loups dans la nuit et le sifflements du blizzard faisant craquer le vieux bois de la ferme familial. Elora n'avait pas connue la vie en ville, mais la rudesse de la campagne Russe. Tout en essayant aussi d'affluer la douceur de sa mère qui lui avait apprise la vie de maison, mais aussi la musique et lui avait appris ce qu'elle savait. Espérant aussi offrir une interprétation plus personnel de la musique de Scriabin, plus plaisante à l'oreille, mais restant tout de même fidèle à l'original.

[Hrp : Ce serait une interprétation plus fidèle à ce que Elora est susceptible d'offrir. Ici]
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Mer 20 Aoû - 22:46
[HRP: whaa, quelle magnifique interprétation! du coup je suis restée une bonne partie de ma soirée d'hier à regarder les autres vidéos de cette pianiste :) Merci!]

En écoutant Élora jouer de nouveau l'impromptu, Nelly ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire, toute à sa joie de voir ses conseils appliqués par son élève malgré la barrière de la langue et les métaphores compliquées auxquelles elle avait fini par recourir afin de mieux exprimer ses sentiments et sa pensée. A présent, le toucher de la jeune russe était certes plus rugueux, mais dans le même temps nettement moins forcé: en lieu et place d'une interprétation scolaire d'une œuvre qu'elle avait affirmé dans un premier temps ne pas aimer, c'était désormais une vraie lecture qu'elle fournissait, un travail d'artiste en un mot, réellement susceptible de captiver un public venu écouter une musique dont il n'aurait jamais eu autrement les clés. En tant que professeure, la jeune canadienne avait presque envie d'applaudir à pleines mains la performance de son élève: mais une certaine retenue et la politesse la plus élémentaire le lui interdisaient dans un cadre tel qu'un cours particulier, et c'est pourquoi elle se contenta d'observer, sitôt qu'Élora eut fini de jouer:

"C'est tout à fait cela, vous y êtes à présent! Quelle joie de vous entendre enfin jouer... j'ai l'impression de rencontrer une nouvelle personne. Vous me racontez une histoire. Avez-vous pensé à votre propre vie, à des gens de votre entourage lorsque vous jouiez? C'est souvent un très bon moyen de s'approprier la musique... en évitant que ce soit elle qui vous dévore!"

Et comme si elle se découvrait soudainement honteuse d'avoir réservé un accueil un peu tendu à une élève qu'elle considérait désormais d'égale à égale, en lui proposant notamment directement de jouer un compositeur aussi délicat à aborder, Nelly tendit à Élora une main amicale et franche:

"Pardonnez-moi Élora, je vous ai mise immédiatement au travail et je ne me suis même pas présentée... Je suis Nelly Maillard, la nouvelle professeure de piano de l'académie. Peut-être connaissez-vous mes disques, même si je doute qu'ils parviennent jusqu'en Russie... Permettez-moi en tout cas de vous dire que je suis très admirative de votre attitude au piano. Si vous le voulez bien, nous progresserons sans doute beaucoup ensemble!"
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Mer 20 Aoû - 23:54
Tout en jouant, elle sentait les touches du clavier comme lui chauffer sous les doigts et une certaine amertume lui remonter dans la gorge. Elora avait toujours vécu dans ce pays glacial qu'était la Russie, dans une pièce miteuse qui au final ne lui avait jamais vraiment appartenu. A par pour sa mère, Elora n'avait toujours était que l'ombre de la précédente personne qui avait vécu dans cette chambre. Elle ne s'en plaignait pas, de toute manière, même si elle l'avait fait, cela n'aurait rien changé du tout, son fermier de père n'était pas du genre à écouter les apitoiements.

Finissant de jouer l'opus, elle tourna lentement son regard de braise sur la rouquine à ses cotés qui semblait différente, du moins plus excitée que lors de sa première interprétation de la mélodie. Venant sursauter de nouveau en l'entendant parler pour simplement la féliciter, elle baissa la tête tout en repensant à ce qu'elle avait en tête pendant qu'elle était entrain de jouer.

-J'ai simplement...pensé à mon ancien...lieu de vie.-

Elle n'arrivait pas à appeler ça un foyer ou un domicile, ce sentant comme une étrangère dans cette famille qui l'avait vue naître. Après tout, ne s'étaient-ils pas empressés de l'envoyer entre les mains d'une inconnue, à peine ses parents décédés ? Elle était persuadée d'avoir réchappé au pire en quelque sorte, mais ne se sentait pas plus à l'aise non plus. Elle savait avoir réchappé à une vie de Cendrillon, mais ce demandait si elle ne l'avait pas échangé pour la vie d'Anastasia... Trop rapidement, elle n'était pas persuadée de la méritait et cela changeait aussi entièrement son style de vie. Elle n'était pas habituée à la chaleur étouffante du pays, une chaleur que beaucoup qualifierais de douce pour la saison, mais Elora était plus habituée à l’extrême froid de Russie, même si les été pouvait se montrait des fois doux avec des chaleurs approchant les vingts degrés

Sortant de ses pensées, elle écouta la pianiste se présenter. Elle n'avait certes pas de ses albums, mais sa propre mère la connaissait et lui avait apprise une ou deux de ses musiques. Il n'était pas rare pour une musicienne de s'intéressait aux dernières artistes et à leurs œuvres.

-Enchantée... Elora Pétrova...mais vous le saviez déjà. Je n'ai malheureusement pas d'album de vous... mais ma mère m'a apprise une ou deux de vos œuvres... Je suis ici après tout pour suivre vos enseignements...-

Elle l'était surtout par manque de choix, Léna semblait vouloir l'inscrire coûte que coûte à son académie. Si elle ne l'avait pas fait en section musique pour continuer de perfectionner sa maîtrise du piano, elle l'aurait fait pour le violon... ou l'aurait très probablement inscrite de force en section dessin, ce qu'elle n'aurait probablement pas apprécier du tout.

Regardant la jeune femme à ses cotés, elle reposa son regard sur ses jambes, avant de baisser la tête, venant demander dans un murmure juste assez audible pour que l'enseignante puisse comprendre.

-Ma...mademoiselle...puis...puis-je me permettre de ...vous poser une question ? ... Avez vous...commencé la musique par...choix ou...par obl... obligation ?-

Gardant la tête baissée, elle espérait ne pas éveiller de mauvais souvenir à la jeune femme, ou avoir posé une question déplacé. Sa propre mère ayant été handicapée, elle savait ce que pouvait représenter la difficulté de se mouvoir librement et les portes que fermés le fait d'avoir un handicape, aussi minime soit-il. Beaucoup de monde se rabattaient sur la musique ou les arts plus par dépit que par véritable passion ou amour.
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